Démonstration convention EDG 2006

Comme le titre l'indique, je vais vous faire partager, à travers cet article, la démonstration réalisée sur un pin sylvestre durant la convention EDG 2006.

Le travail réalisé en démonstration est différent de celui de tous les jours que nous pouvons faire chez nous. En effet, dans un temps minimum, les amateurs attendent un résultat. Et ce résultat, il faut l'atteindre et le gagner. Grâce aux organisateurs et aux amis m'ayant donné un petit coup de main, j'ai eu un temps suffisant pour travailler, mettre en forme et arriver à ce résultat escompté.

Il faut dire que l'ambiance fut de mise, une sacrée preuve de plaisir et de passion que l'art du bonsaï est capable de créer. Place en image pour la mise en forme de ce pin sylvestre !

Cependant, juste avant les photos, un petit historique de ce pin s'impose. En effet, j'ai prélevé ce pin dans son habitat naturel en éliminant dès le départ les branches jugées inutiles pour sa future forme. Son prélèvement fut difficile, une racine que nous pourrions qualifier pratiquement de "pivot" était présente. Après l'avoir coupée, l'arbre avait tendance à bouger dans sa motte. Je pensais alors sa reprise, et donc sa survie, compromise. Malgré tout, sans perdre espoir, je ficelais sa motte avec une multitude de tours (beaucoup plus qu'à l'accoutumée) pour lui donner toutes les chances de survie (entre nous, cet arbre le mérite tant...).

Comme vous pouvez le voir, ces photos présentent l'arbre brut et sa préparation pour sa démonstration. J'ai enlevé le surplus de terre tout en nettoyant la base de l'arbre. Remarquez les branches basses coupées dès son prélèvement et qui seront travaillées en jin.

Hé oui, c'est parti ! Voilà tout a commencé par un bel échange avec les amateurs attentifs ; vous pouvez voir sur les photos que la discussion est bien lancée mais aussi il y a le plaisir de partager ce moment là avec de vrais passionnés. J'aimerais attirer votre attention sur la sangle autour du pot. En effet, lors des transports, les arbres souffrent énormément. De ce fait, pour consolider l'ensemble et prendre le moins de risque possible pour l'arbre, je décidais de sangler le tout. D'ailleurs, à ce jour, cette sangle est toujours en place et le restera jusqu'à son prochain rempotage.

Même s'il s'agit d'une mise en forme au cours d'une démonstration, l'ordre chronologique des étapes de travail est toujours le même.

Le travail débute par la réalisation des jin (bois mort) sur les branches qui avaient été supprimées lors du prélèvement. Il ne s'agit pas de la méthode mais d'une des multiples méthodes utilisées pour créer du bois mort.

Nous commençons à fendre le bois grâce à une pince à fendre bien sûr, puis chaque éclat est tiré avec la pince à jin. Fibre après fibre, le moignon de bois est diminué pour se rapprocher d'un aspect de bois mort naturel présent sur les vieux arbres de nos campagnes.

J'ai dégrossi le travail au maximum, ce n'est qu'un premier acte, en effet ce bois mort évoluera naturellement et petit à petit grâce à l'action du temps.

Comme nous pouvons le voir sur les photos, vient le moment de la ligature. Pour ce faire, j'utilise du fil de cuivre de différent diamètre. Il permet une bonne fixation et un maintien parfait des branches mises en place. Puis, si nous le comparons au fil d'aluminium, à un niveau esthétique, il est beaucoup plus discret. La pose du fil de ligature ne se fait pas au hasard et demande de la concentration.

En effet, d'elle découle toute la qualité et la finition d'une mise en forme propre et précise. J'utilise le moins de fil possible et de nombreux tirants plutôt que des fils de fort diamètre. Il ne faut pas oublier que plus du fil sera présent sur l'arbre et plus de stress l'arbre devra supporter. La pose du fil doit être propre avec des spires régulières, agréables à regarder.

Finalement, lorsque nous savons quel peut être le résultat de la mise en forme lorsque le fil est bien posé, ce n'est plus une contrainte mais un jeu de réflexion à chaque branche.

Toute la partie basse de l'arbre est ligaturée, je décide donc dans un premier temps de positionner les masses vertes. Je ne réalise pas de façon précise les plateaux mais je compacte les branches, surtout arrières, pour diminuer ces dimensions.

Cet arbre avait comme défaut des branches assez longues avec la végétation en bout et la seule solution pour le rendre équilibré est le compactage de ses rameaux.

Puis je recommençais à ligaturer pour terminer sur l'apex de l'arbre. En effet, la cime doit être entièrement ligaturée car la plus difficile à réaliser et chaque petit rameau sera mis en place, l'un après l'autre. Alors, s'il manque ne serait-ce qu'un seul fil, il faudra le rajouter sinon la mise en forme ne pourra aboutir.

Je continue la mise en forme, l'arbre monte, il vient ... petit à petit toutes les branches se mettent en place un peu comme un puzzle.

Les masses vertes sont toutes divisées, dispatchées et positionnées pour un équilibre esthétique de l'arbre.

Remarquez une branche sur l'arrière de l'arbre qui sort de sa silhouette. En effet, cette façon de faire, c'est-à-dire de tout ligaturer puis de courber les branches, les mettre en place et les tailler si nécessaire permet de façonner l'arbre petit à petit.

Chaque branche a sa réaction au pliage, il arrive très souvent de ne pas pouvoir plier où l'on veut ou dans le sens voulu. A ce moment là, il faut réagir et s'adapter aux diverses réactions des branches.

Grâce à cette technique de mise en forme, il est toujours temps de réagir avec l'élimination complète du "surplus" de branche effectué à la fin du travail.

Voilà l'état final de cet arbre au cours de sa première mise en forme. Seulement une première étape de sa vie bonsaï. Cet arbre évoluera bien sûr mais durant cette mise forme, j'ai voulu respecter le caractère de cet arbre. A savoir un arbre posé, sage, poussant en plaine mais émanant de lui une force tranquille acquise année après année avec les marques du temps passé (branches basses mortes, branches descendantes...) témoignant de sa vieillesse et de sa lutte pour sa survie.

Sur ces paroles, je voudrais passer un clin d'œil chaleureux à tous les membres d'EDG m'ayant fait confiance et à tous les amateurs passionnés par cet art du bonsaï...